Ebola au pays des créateurs

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Malgré plus de 500 morts enregistrés, la lutte contre la dixième épidémie de la maladie à virus Ebola en République Démocratique du Congo se bute à la résistance de la population. Déclarée dans le  Nord-Kivu depuis le 1er août 2018, cette maladie ne fait que gagner du terrain, aidée par la résistance de la population. Cette résistance a plusieurs origines. Une frange de la population continue à croire que cette maladie n’existe pas, surtout des mamans et personnes âgées. Une autre pense que la maladie a été inventée à des fins politiques dont l’élimination d’un peuple opposée farouchement au régime de Kinshasa. Mais aussi, dans le sillage d’une maladie créée de toute pièce, une autre partie de la population (jeunes, chômeurs et entrepreneurs) pense que la maladie à virus Ebola est un business, une « coop » dans le jargon local, signifiant une combine pour se faire de l’argent, peu importe la manière. Nous nous penchons sur ce dernier aspect de cette résistance contre l’épidémie déclarée comme la plus complexe par l’OMS.

Butembo, Beni, des villes des entrepreneurs de l’informel, des entrepreneurs « gagne-petit ». Ils savent créer l’argent là où il n’y en a pas.  S’ils reprochent au ministère de la santé et ses partenaires, les ONG internationales, d’avoir créé « la coop Ebola » ou « Ebola Business » pour se faire de l’argent, je suppose que c’est puisque la création fait partie du mode de vie dans la région. La création, c’est dans le sang. C’est plus fort qu’eux. Ici on crée ou on crève. C’est la seule façon de survivre.

Ainsi, pour une frange des jeunes et des entrepreneurs, l’existence de la maladie n’est plus la question  à se poser ; il faut plutôt créer sa propre porte d’entrée dans la « coop Ebola ». Vue la mobilisation financière internationale, il y a certainement de la manne à ramasser.

Un célèbre acteur disait : « La plus grande arme qui soit au monde, c’est l’idée. Car une idée, une fois plantée dans un cerveau, elle germe, grandit, prend racines et donne des fruits. » Tout est parti d’une figure emblématique de la région qui a jeté dans la mare l’hypothèse de la création d’Ebola par les politiciens pour éliminer la population du Grand-Nord de la province du Nord-Kivu. Thèse confortée par le fait que cette épidémie a été prise comme prétexte pour écarter les populations de la région des élections du 30 décembre 2018 alors que le ministère de la santé disait que toutes les mesures  ont été prises et qu’il n’y avait aucun danger à craindre.

Quand on prend un peu du recul, cette croyance à la création d’Ebola dans un but vénal a ses racines au sein même de la culture de population de la région. On est dans le Grand-Nord de la province du Nord-Kivu. Deux villes, Beni et Butembo, environ 700000 habitants pour Beni et un million d’habitants pour Butembo, mais aucune entreprise capable d’engager 1000 personnes, des services publics inexistants. La quasi-majorité de la population est composée de gagne-petit. Pour s’en sortir dans cette région, il faut être créatif. L’équipe en riposte, composée d’agents du ministère de la santé, d’ONG locales et internationales, avoue qu’après dix épisodes d’Ebola, c’est la première qu’elle est confrontée à une épidémie dans une région avec un si fort dynamisme de la population. Une population débrouillarde et qui se déplace facilement d’une zone à une autre à la recherche d’une manière de gagner la vie.

Ainsi, ce peuple qui est habitué à créer pour survivre est prêt à accepter naturellement l’idée selon laquelle cette épidémie à virus Ebola n’est qu’une création d’autres personnes pour se faire de l’argent sur leur dos. Ce doute gagne de plus en plus toutes les couches sociales, à tel point que certaines en font usage pour créer leur entrée dans la « coop Ebola ».

Qu’elle soit une vraie maladie ou pas, là n’est plus la question. Toute l’attention se focalise sur la mobilisation financière autour de cette riposte. La seule question que l’on pose est : « Comment profiter de cette manne ? »

Les jeunes désœuvrés, dans certains quartiers, n’hésitent pas à caillasser les engins roulants de la riposte. Ils leur reprochent d’engager des expatriés qui sont payés à prix d’or alors qu’eux, diplômés, n’ont pas d’emploi. Un jour, les jeunes d’un quartier où la résistance était chaude à Beni ont été réunis par le maire. A la question de savoir pourquoi ils pensent qu’Ebola n’existe pas, ils ont répondu : « Nous dirons qu’Ebola existe quand nous serons associés dans la coop ». La coop, le maitre mot. Diminutif de « coopération », dans l’acception locale, la coop est toute combine pour gagner de l’argent dans l’informel et parfois dans la magouille. La coop ne se conjugue pas au singulier. Ici, on ne mange pas seul. Sinon vous êtes un sorcier. Une fois que vous avez trouvé un tuyau, il faut initier les autres. Ainsi, ces jeunes s’étonnent que certains mangent seul dans cette coop Ebola où beaucoup pourraient se retrouver. Chacun avec sa miette. Surtout des expatriés qui sont payés cher alors qu’il y a une main d’œuvre locale qui ne demande pas trop.

Dans cette région personne ne te laissera prospérer seul dans un business si petit qu’il soit. Il suffit qu’une jeune fillette commence à vendre ses arachides au coin de la rue. Si elle a des clients, le lendemain prière de repasser par-là. Elles seront cinq. Toutes vendant des arachides.

La question se pose : d oit-on se battre pour le blé ou pour sauver des vies ? C’est dans cette optique du business que certains politiciens n’ont pas hésité à rependre la théorie selon laquelle cette maladie est faite dans les laboratoires, pour se faire une popularité dans leur business qu’est la politique.

Ainsi, je pense que la prise en compte de la culture, de la mentalité du peuple est un pilier essentiel de la lutte contre cette épidémie qui ne fait que gagner du territoire. Car cela permettrait de savoir comment interagir avec les couches sociales et de savoir leurs attentes.

Hervé Mukulu

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