Nos forêts tropicales ont déjà vieilli, il faut les rajeunir !

La foret naturelle du bassin du Congo le long du fleuve Congo dans la province de la Tshopo, Nord-Est de la RD Congo.La foret naturelle du bassin du Congo le long du fleuve Congo dans la province de la Tshopo, Nord-Est de la RD Congo.

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La forêt vierge le large du fleuve Congo dans la province de la Tshopo, Nord-Est de la R D Congo © Hervé Mukulu

La forêt vierge le large du fleuve Congo dans la province de la Tshopo, Nord-Est de la R D Congo © Hervé Mukulu

Le feuilleton de l’Amazonie qui brûle a attiré l’attention du monde sur la question de la protection des forêts et leur rôle majeur dans la lutte contre  le changement climatique. Néanmoins, une étude, d’autant plus sérieuse, publiée dans la revue scientifique Nature, semble y mettre un bémol : la forêt tropicale n’absorberait pas autant de ce C02 que l’on pense. Il se peut qu’elle n’en absorbe même plus.

La question étant sérieusement posée ainsi, nous avons rencontré un futur spécialiste qui donne son point de vue. Il s’agit de Mbusa Wasukundi Muyisa Sorel, ingénieur phytotechnicien, assistant à la faculté des Sciences Agronomiques l’Université Catholique du Graben, à Butembo, et master en Gestion de la Biodiversité et Aménagement Forestier Durable à l’Université de Kisangani dans le projet FORETS financé par l’Union Européenne.

Il émet l’hypothèse d’un rajeunissement des forêts tropicales pour leur permettre de jouer leur rôle dans l’équilibre du bilan carbone et qui serait bénéfique aussi à l’économie de la RD Congo. Il souligne l’hypothèse selon laquelle « nos forêts tropicales auraient déjà vieilli, et il se pourrait qu’elles ne capturent plus le CO2 comme il se doit. Au contraire, elles risquent d’en émettre car les gros arbres sont sensibles à la mortalité, et quand un arbre meurt, c’est une source d’émission. Ça vaut donc la peine que nos forêts soient rajeunies. »

Ainsi, ça ne sert à rien de garder des arbres qui tomberont d’eux-mêmes et qui ne pourront pas profiter à notre économie. Alors pour les arbres qui doivent être coupés, il en faut pour quel âge ? Et pour un arbre coupé doit on en replanter combien ?

« On ne se base pas souvent sur l’âge, mais sur le diamètre du tronc à 1,3 m du sol », précise-t-il. On parle alors de « diamètre minimum d’exploitation » (DME). Chaque espèce a son DME, fixée par la législation en matière forestière dans chaque pays. Par exemple, pour l’Afrormosia, en RDC, c’est 60 cm. Donc, il est strictement interdit d’abattre un Afrormosia dont le tronc fait moins de 60 cm.

Néanmoins, réviser les normes d’exploitation de ces espèces serait une nécessité. Par exemple, en  Afrique, la plupart des espèces exploitées (Afrormosia, Sapelli, etc.) sont héliophiles, c’est-à-dire ont besoin de beaucoup de lumière durant leur cycle de vie. Et même pour se régénérer, elles ont besoin de lumière. C’est là l’importance des perturbations dans la forêt. Elles créent des espaces vides qui favorisent la pénétration de la lumière. Ce qui permet à ces espèces héliophiles de se régénérer. Dans les normes d’aménagement forestier en vigueur dans la région, on préconise l’exploitation à faible impact (EFI). Ça veut dire qu’il faut exploiter moins. Or, en abattant moins d’arbres (par exemple 2 arbres par hectare), on crée peu de vides qui peuvent favoriser la régénération. « La question qu’on se pose : ne faut-il pas réviser certaines de ces normes ? Mais alors, faudra-t-il revoir certains DME à la baisse pour permettre à la foret de se rajeunir, de se régénérer en termes techniques ? », s’interroge notre spécialiste.

Vue la difficulté de la régénération de certaines espèces forestière rares, quelles précautions doit-on prendre ?

En forêt naturelle, on ne va pas planter les arbres. Ils vont pousser d’eux-mêmes. Car le sol forestier est une véritable « banque de graines » qui n’attendent que les conditions favorables pour germer. Et même en cas de difficulté, le premier laboratoire de biologie du bois en Afrique centrale affirme avoir les moyens de faire le possible pour pallier ce problème.

Hervé Mukulu

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2 Commentaires

  1. Bien que nos forêt soient vieillies cela ne peut pas être une raison pour les rajeunir car les rajeunir suppose la déforestation ce qui entrenerait l’augmentation des gaz à effet de serre et par conséquent les effets du changement climatique.

    1. Même quand un arbre meurt de soi, il émet le CO2. Une exploitation rationnelle permettrait d’avoir les ressources nécessaires qui puissent permettre de maintenir une forêt jeune et qui joue son rôle de stockage de carbone. Car une fois vieux, ils n’en stockent presque plus selon cette étude dont je fais mention dans l’article.

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