S’ils ne meurent pas d’infanticide dans les maternités, les poissons congolais meurent de vieillesses aux fonds des eaux

Des pécheurs sur les eaux du lac Kivu, Nord-Kivu en RD Congo. ©Hervé MukuluDes pécheurs sur les eaux du lac Kivu, Nord-Kivu en RD Congo. ©Hervé Mukulu

Sharing is caring!

Le bassin du Congo possède plus de 62% des eaux douces d’Afrique avec ses lacs, ses fleuves et ses rivières. Naturellement, ces eaux sont poissonneuses. Pourtant, la pèche congolaise ne satisfait même pas 10% de la demande nationale en poissons. En plus, les poissons frais péchés des eaux nationales ne sont pas à la portée de la bourse du citoyen lambda.

Vous ne pouvez pas vous targuer d’avoir été à Kalemie si n’avez pas goutté à sa spécialité, « le Mikeke ou le Mikebuka », en plus de ses multiples variétés de Ndakala (fretins). Kalemie, c’est une ville du Sud-Est de la RDC sur le large de Tanganyika, le lac le plus poissonneux d’Afrique, situé dans la province portant le même nom.  Pourtant, ce poisson, qui est péché à deux mètres de la ville coûte plus cher que le poisson dit « Thomson », importé depuis des milliers de kilomètres.

Une pêche artisanale

Les problèmes ? Ils sont légions.  D’abord, la pêche congolaise est essentiellement artisanale comme le reconnait régulièrement  le ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Élevage lors de la Célébration de la journée mondiale du poisson.

C’est-à-dire qu’elle se pratique avec des moyens du bord. Sur les lacs, sur les fleuves comme sur les rivières, ce sont les pirogues qui font l’essentiel du travail. Quelle quantité de poisson peut-on transporter dans une pirogue ? Très peu. Et quelle profondeur le filet jeté par pirogue peut-il atteindre dans les eaux des lacs, d’un fleuve ou d’une rivière comme le Lualaba à Dilolo ? Certainement  quelques mètres de profondeur seulement.

L’infanticide piscicole par moustiquaire

Ce manque d’infrastructures entraîne la destruction de l’écosystème lacustre des eaux congolaises, la destruction des berges, les maternités des poissons. On parle en fait de « frayères », ce sont les côtes où les poissons pondent les œufs. Et, comme on ne fait usage que des petits filets, ils ramassent ainsi les alevins qui ne sont encore que des bébés attendant de croire pour rejoindre les eaux profondes. Ainsi, quand les alevins sont péchés, la carence des poissons dans les prochains jours est inévitable !

En cela s’ajoute le non-respect des normes. Puisque de nombreux citadins n’ont pas les moyens de payer les gros poissons (frais, séchés ou boucanés), les pécheurs trouvent qu’ils peuvent se contenter des fretins. Ainsi, pour capturer le plus d’alevins possibles, il  suffit d’utiliser les filets qui ne respectent pas les normes. La moustiquaire devient un outil providentiel par excellence. Elle ne coûte rien du moment qu’elle est offerte gratuitement par les ONG et les Hôpitaux. Par ricochet, le matériel qui était censé protéger la famille contre les piqûres des moustiques afin de combattre l’infanticide malaria devient un outil d’infanticide piscicole. D’un coup, deux meurtres.

Non-respect des normes égale baisse de production

Dans un entretien paru dans le 413e numéro du magazine « Afrique Agriculture »  en 2016, le représentant des pêcheurs de l’enclave de pêche de Kyavinyonge, coincé entre le merveilleux Parc des Virunga et le majestueux Lac Edward, dénonçait ce non-respect des normes de pêche qui a fait chuter la production de 4500 kg à 1500 kg. C’est le résultat de l’usage de filets prohibés, de la destruction des écosystèmes lacustres et du fait qu’il existe plus de 3000 pirogues de pêches alors que les normes exigent 700 seulement pour une pêcherie comme Kyavinyonge.

La conséquence directe est la rareté des poissons dans les eaux congolaises. Pas étonnant qu’il y ait des frictions diplomatiques avec les pays voisins dont les gardes côtes surprennent, de temps à temps, les pêcheurs congolais dans leurs eaux puisque ne pouvant pêcher que sur les côtes.

Dépotoir

Ce qui concourt au fait que les villes congolaises sont devenues des débouchés pour des nations qui ont su investir dans la pisciculture. Ce n’est pas que les poissons manquent vraiment. C’est plutôt que l’on n’arrive pas à les atteindre dans les fonds des mers et que l’on se contente donc de tuer des bébés dans les maternités. Car ce manque d’infrastructures adéquates ne permet pas d’atteindre les poissons au fond des mers.

Des questions qui doivent revenir sur la table des gouvernants congolais. L’alimentaire est la base de tout développement d’une nation. Toutes les nations qui ont émergé ont suivi ce schéma. Car, à comprendre Maslow, ce n’est qu’un ventre plein qui sait réfléchir sur la réalisation de soi.

Hervé Mukulu

Sharing is caring!

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.