Ebola : pourquoi les femmes et les enfants sont les premières victimes ?

Article : Ebola : pourquoi les femmes et les enfants sont les premières victimes ?
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7 août 2019

Ebola : pourquoi les femmes et les enfants sont les premières victimes ?

Prélèvement de la température d’enfants au point d’entrée et de sortie de la cité de Mangina, à 30 Km, de la ville de Beni, Nord-Kivu, RD Congo. © K.M.
Prélèvement de la température d’enfants au point d’entrée et de sortie de la cité de Mangina, à 30 Km, de la ville de Beni, Nord-Kivu, RD Congo. © K.M.

Les statistiques de cette dixième épidémie de la maladie à virus Ebola montrent que les femmes sont plus victimes que les hommes, à elles s’ajoutent les enfants. Décryptons les causes.

« Nous avons tous pour première infirmière la femme, en épouse ou en mère. C’est bien elle qui prend soins des malades à la maison. Elle est par essence ménagère dans notre culture. C’est elle qui lave le malade, les habits du malade, lui donne à manger et fait l’hygiène de sa chambre voire nettoie ses déchets quand il vomie ou fait la diarrhée, rappelle madame Zawadi, coordonnatrice du collectif des associations féminines (CAF) dans le grand-Nord de la province du Nord-Kivu. Ainsi, elle reçoit tous les microbes des malades dont elle prend soins. »

Dans le cadre de la maladie à virus Ebola, une maladie à très forte contagion comme le souligne docteur Gaston Tshapenda, la femme est dans une position de vulnérabilité. Elle devient ainsi un vecteur direct de la maladie vers l’enfant. Et oui, c’est bien la femme qui prend soins des enfants. Un papa peut passer une semaine sans qu’il prenne son propre enfant dans ses bras, à moins qu’il ne soit un bébé. Mais un enfant, même de 10 ans, ne s’empêche pas d’embrasser sa mère quand il revient de l’école ou quand elle revient du marché.

Déjà 500 victimes parmi les enfants

Sur les 1 800 victimes d’Ebola à ce jour, environ 500 sont des enfants, annonce les statistiques du ministère de la Santé. Cette énormité ne s’explique pas seulement par le contact avec la mère. L’enfant, par nature, est social et bouillant. Il passe toute sa journée à s’amuser avec ses amis. La plupart des jeux d’enfants se font par un contact physique. Il suffit de les observer durant les 15 minutes que dure la recréation à l’école.

Par nature, aucun enfant n’aime les médicaments. Je me rappelle bien qu’enfants, il suffisait à maman de dire : « Je vais t’accuser chez Mama Kavira » pour que je cesse les bêtises. J’avais plus peur de maman Kavira que de ma mère. Maman Kavira, paix à son âme, était notre infirmière. Sa présence signifiait une piqûre à la fesse. Et ça c’est le pire moment qui soit. Ainsi, aucun enfant, n’ira alerter sa mère qu’il est malade dès les premiers signes de la maladie. L’enfant n’arrête de jouer que quand la force l’abandonne, quand la maladie le cloue au lit. Ainsi, durant une journée ou deux, il aura joué avec ses amis en ayant des maux de têtes et une fièvre débutante.

Dans le cadre de la maladie à virus Ebola, on ne devient contagieux que quand on commence à développer ces signes. Durant ces deux jours, il aura touché ses amis, leur transmettant ainsi la maladie sans le savoir. Un malade innocent qui s’ignore. Et même s’il l’a dit à sa mère. Ce n’est qu’un mot de tête dira la mère en lui donna un paracétamol ou autre. Mais quelques jours plus tard quand la maladie est confirmée, il faudra vacciner tous ses amis.

Le problème, c’est que quand un enfant meurt dans un quartier suivi d’un autre, les femmes disent qu’il y a un sorcier dans le quartier qui mangent leurs enfants. Et le comble, elles interdisent à leurs enfants de se faire vacciner pour plus d’une raison… « Ce vaccin est un poison, rend stérile, c’est Ebola lui-même »…

Pourtant vacciner les contacts de l’enfant mort d’Ebola est le meilleur moyen de couper la chaîne de transmission. Sans cela, ils meurent les uns à la suite des autres…

 

Hervé Mukulu

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