Maladie Ebola : le dilemme de fréquenter les structures sanitaires de base

Article : Maladie Ebola : le dilemme de fréquenter les structures sanitaires de base
15 août 2019

Maladie Ebola : le dilemme de fréquenter les structures sanitaires de base

Un centre de santé fermée après passage de plus d’un cas des malades d’Ebola. Quartier Kalinda, ville de Beni, Nord-Kivu, RD Congo © Hervé Mukulu
Un centre de santé fermé après passage de plus d’un cas des malades d’Ebola. Quartier Kalinda, ville de Beni, Nord-Kivu, RD Congo © Hervé Mukulu

42% des malades d’Ebola contractent cette maladie dans les structures sanitaires de base qui ne respectent pas les normes d’hygiène ou qui rechignent à transférer les malades au centre de traitement. Pourtant, il est demandé de se rendre dans la structure sanitaire la plus proche dès le développement des premiers signes, comme maux de têtes, fièvres, vomissements…

« Pour avoir le plus de chance de guérir d’Ebola, il faut se rendre le plus tôt que possible à l’hôpital. Pour ça, la consultation et certains soins sont gratuits dans les centres de santé, postes de santé, centres hospitaliers », ne cesse de répéter le maire adjoint de la ville de Beni, Modeste Bakwanamaha, lors des réunions de sensibilisation en vue d’un engagement communautaire.

Il faut signaler que dans cette région, l’automédication est la norme. Se rendre à l’hôpital est l’exception. « On n’y va qu’en cas de force de force majeur. Tout ça  pour éviter le coup exorbitant des soins médicaux », souligne John Kataliko, 49 ans, responsables d’une famille de neuf enfants.

La gratuité des soins

Ebola étant une maladie à forte contagion, la prise en charge doit se faire dès les premiers signes. Car la personne atteinte ne commence à transmettre la maladie que quand elle développe les premiers signes : maux de tête, forte fièvre, vomissements, etc. Ce genre de malaises pour lesquels on se dit : « Un paracétamol suffira, ou ça passera de soi. »

Pour pallier cette hésitation, il a été instauré une gratuité des soins dans les structures sanitaires de base. En plus, cette action devrait avoir un autre avantage : rassurer le patient en recevant  les soins dans un cadre qu’il connait mieux. Car la population a une peur bleue des centres de traitement Ebola (CTE) qui sont considérées, à tort, comme des mouroirs.

Infections nosocomiales*

Malheureusement, de la bouche du responsable de la sous-coordination de la réponse à Ebola en ville de Beni, nous apprenons que 42% des malades contractent cette maladie dans les structures sanitaires. Certaines structures sanitaires hésitent dans l’acheminement des malades vers les CTE pour le test en laboratoire. Car dès que le patient présente les signes de la maladie à virus Ebola(MVE), le centre hospitalier est sensé appeler les équipes de la riposte pour la prise en charge. Ces centres étant aussi démunis que ceux qui les fréquentent, ils ne remplissent pas les conditions d’hygiènes nécessaires. Les malades sont internés dans une promiscuité sans précèdent. Ainsi quand il y a un cas d’Ebola qui s’ignore, il contamine les autres qui sont internés en même temps que lui.

Le dilemme

« Cette situation pousse une grande partie de la population à vouloir se cacher à la maison en appliquant une automédication, plutôt qu’à prendre le risque d’aller se faire infecter dans un centre hospitalier, alors que l’on ne souffre que d’un simple mot de tête », explique Paul Kasereka, un motard de Matonge à Beni. Pourtant, Ebola tue à plus de 70%  les malades qui ne sont pas pris en charge dès les premiers jours, souligne Docteur Jean-Jacques Muyembe.

Une situation qui explique la flambée des décès communautaires pendant cette épidémie d’Ebola. Rappelons qu’un décès communautaire est normalement tout décès qui survient en dehors d’une structure sanitaire. Dans le cas d’Ebola, tout décès qui survient en dehors d’un CTE. « Pourtant, se plaint le maire de Beni, Nyonyi Bwanakawa, même quand on n’a pas assez d’argent, un membre de la famille ne mourrait qu’à l’hôpital, quitte à payer une dette énorme des soins après. Mais on aura la conscience tranquille que l’on a tout fait pour le sauver. »

Hervé Mukulu

 

* »Les infections nosocomiales sont les infectionscontractées au cours d’un séjour dans un établissement de santé (hôpital, clinique…). Elle est aussi appelée infection associée aux soins. Ceci veut dire que ces infections sont absentes au moment de l’admission du patient dans l’établissement. » (Source:gouvernement français)

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