RD Congo : combattre Ebola à l’ère des réseaux sociaux dans une zone médiatiquement enclavée

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Agression d’enterrement digne et sécurisé dans un quartier résidentiel de Beni.

Agression d’enterrement digne et sécurisé dans un quartier résidentiel de Beni.

Le docteur Bathé Ndjoloko a de l’expérience dans la gestion d’épidémies de la maladie à virus Ebola. Coordonnateur de l’équipe qui lutte contre Ebola à Beni, dans le Nord-Kivu, en octobre 2018, il n’a jamais été confronté à autant de problème que dans cette région où les gens sont scotchés aux réseaux sociaux.  Même constat du côté de l’UNICEF. La moindre info circule dans tous les forums WhatsApp et Facebook en un rien de temps donnant ainsi une ampleur disproportionnée à  l’événement. Malheureusement, pour la plupart, ce sont des intox qui anéantissent les efforts consentis. Plus de 8 mois plus tard, le Ministère de la Santé avoue qu’il n’y a toujours pas une stratégie spécifique pour combattre les intox sur les réseaux sociaux dans la région. 

Dans cette région où sévit, depuis août 2018, la dixième épidémie de la MVE en RD Congo, les équipes du ministère de la santé et ses partenaires ont sérieusement du mal à mettre fin à cette maladie. Partie d’une seule cité, Mangina, à 30 km de la ville de Beni, aujourd’hui, 8 mois plus part, elle est cartographiée dans 25 agglomérations partagées entre la province du Nord-Kivu et la province voisine de l’Ituri.

Pour plus d’une raison

La résistance et méfiance ont atteint le comble en ville de Butembo où, pour plus d’une raison, certaines couches de la population demandent aux humanitaires d’évacuer la zone. Plus grave, ces sont des miliciens maï-maï qui brûlent les centres de traitement d’Ebola et agressent avec des armes à feu les humanitaires dont une de récentes attaques a conduit à la mort d’un médecin expatrié, assassiné en pleine réunion des cadres de la sous-commission de Butembo.

Une des raisons de la résistance reste l’ignorance qui est entretenue par la mauvaise information délibérément propagée. L’outil par excellence pour diffuser la mauvaise information reste les medias sociaux dont les deux plus usuels dans la région sont Facebook et WhatsApp. Ayant pour credo de libéraliser la parole, ces medias permettent de diffuser n’importe quoi en masse. Et pour un peuple qui n’a pas d’autres repères médiatiques que la radio, ils gobent ces informations sans discernement puis que issues de l’internet donc crédibles.

Des villes enclavées médiatiquement

En effet, Butembo, une ville de plus d’une million d’habitants n’a aucune chaîne de télévision. Elle se contente d’une vingtaine des chaines de radio pour la plupart animées par des amateurs sans aucune formation académique sur les medias. Tout comme la ville de Beni.

En guise d’anecdote, Butembo, est une des rares villes où l’on ne se gêne pas de boire son verre chaque soir sur terrasse, dans une alimentation qui n’a même pas d’abonnement d’un bouquet télé. Si les bars ne trouvent pas l’importance d’un abonnement à un bouquet télé, afin de diffuser le match, imaginez alors le sort de la famille à la maison.

Telle une grenouille qui fait sa vie dans un puits ignore tout de l’océan tout en se  croyant le nombril du monde ; dans ces conditions, une grande partie de la population se confie aux réseaux sociaux pour s’informer et sortir du cocon. Malheureusement, sur ces réseaux sans contrôle, tout le monde est libre de publier n’importe quoi.

Des efforts encore insuffisants

Néanmoins, certaines personnes fournissent des efforts pour lutter contre la mauvaise information. Et comme le souligne Jessica Illunga, chargée de communication du ministère de la santé : «  Il y a une veille des réseaux sociaux  pour répertorier les rumeurs afin de donner une réponse adéquate ».  Cela passe aussi par des réponses des experts qu’elles fournie aux acteurs des medias pour répondre à certaines préoccupations de la population. Il existe aussi des forums WhatsApp sérieux comme « Habari Moto Moto » qui se sont donné pour credo de combattre les rumeurs. Le media congolais de Fact-cheking, www.congochek.org publie aussi des messages pour combattre les infox. Néanmoins, il reste beaucoup à faire car le mal est grand.

Des influenceurs.

Une formation des influenceurs et des leaders d’opinion seraient une priorité pour lutter contre les intox sur les réseaux sociaux. En titre d’exemple, me fait remarquer un agent d’un organisme international travaillant avec les medias pour lutter contre Ebola :  « Certains journalistes , bien appréciés dans les radios locales, sont souvent les premiers à partager les rumeurs dans plusieurs groupes des réseaux sociaux prétextant vérifier l’information. Ils prétendent que dans un groupe ou un autre, quelqu’un donnera la bonne réponse. Pourtant, il s’adresserait d’abord aux spécialistes, puis reviendrait dans les réseaux sociaux avec les deux messages, le faux et la bonne réponse ».

D’habitudes, les citoyens lambda sont souples à partager la mauvaise information, comme par instinct. Mais quand la bonne arrive, elle est lue et presque ignorée. Ainsi, les influenceurs doivent aussi être nombreux et présents sur les réseaux pour partager de manière virale les rectificatifs des rumeurs.

 

Hervé Mukulu

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