La femme, discriminée dès la naissance

Article : La femme, discriminée dès la naissance
23 mars 2020

La femme, discriminée dès la naissance

Dès la naissance, certaines filles sont victimes d’une forme de violence basée sur le genre. Celle qui consiste à préférer qu’un premier-né soit un garçon plutôt qu’une fille. Pourtant personne ne choisit son sexe ni celui de ses enfants. Rappelons-le : les enfants ont droits au même traitement.

Ce matin-là comme tous les matins, je vais acheter, au coin de la rue, ma tasse de thé de gingembre et citronnelle. La dame tenancière de ce petit business est revenue après un peu plus d’un mois d’absence. Elle n’est pas seule, elle a un bébé dans ses bras. C’est l’occasion pour nous, les clients, de voir afin le bébé que nous voyions grandir dans le vendre de sa maman. Et tous les commentaires sont possibles. Une conversation attire particulièrement mon attention.

Alors qu’Achille, un motard, admire le bébé, sa maman le taquine : « Mon enfant te fait penser au tien ? Malheureusement, il est très loin à Goma et tu ne l’as jamais vue. » Et il répond : « Je le vois chaque jour sur WhatsApp. C’est un garçon. Je lui achète des cadeaux tous les jours. Le tien, c’est une fille. Certainement que son père est déçu mais il ne peut te le dire.
– Sans paraitre offensée, pourquoi le serait-il, s’interroge-t-elle. Il a déjà deux garçons ! Et puis qui choisit le sexe de l’enfant ? Ça c’est une affaire de Dieu, il ne faut pas discriminer les enfants. »

Décidément, cette semaine a mal commencé avec des matinées comme celles-là. Car la veille, alors j’allais acheter 20 litres d’eau à la borne fontaine du quartier, une jeune fille raconte à ses amies : « Les belles-sœurs de ma grande-sœur ne sont pas encore venus bercer le nouveau-né car c’est une fille. Elles préfèreraient que ça soit un garçon. » Le comble ce que ce sont des filles qui ne sont pas contentes d’une nièce puisqu’elles estiment qu’il y a déjà assez de filles dans leur famille. Oh, mon Dieu.

Dans plusieurs tribus congolaises, il n’y a pas plus beau cadeau qu’une femme peut donner à son mari qu’un premier-né garçon. Dans nos sociétés patriarcales, la famille repose sur l’homme. Un fils signifie pour un homme qu’il a quelqu’un sur qui il pourra compter. Celui qui l’enterrera le jour venu et surtout qui continuera à perpétuer le nom de la famille. Ainsi, certaines femmes sont violentées puisqu’elles ne donnent pas d’enfants garçons. Avec la mortalité infantile, certains ne sont rassurés que quand il y a 2 à 3 garçons dans la famille. Et tant qu’on n’en a pas encore, on continue à chercher. C’est ainsi que certaines familles deviennent nombreuses. Et par conséquents, les enfants filles acceptées malgré tout, subissent un traumatisme involontaire. Car quelle que soit la volonté, on ne cache pas complètement une déception. Et certaines émotions de frustrations sont transmises ainsi.

Pourtant ils sont loins les temps où l’on comptait sur la force physique de l’homme pour supporter la famille. Il se fait d’ailleurs un constat que les filles s’occupent mieux de leurs parents que les garçons, souligne Nya Giselle, vendeuse de thé dans le quartier Kalinda à Beni.

Ainsi, pour ne pas blesser éternellement nos propres enfants, il nous faut bannir ce genre de violences basées sur le genre à l’encontre d’innocents bout d’anges.

Hervé Mukulu

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