RDC-Bois : l’eucalyptus, une alternative pour la préservation des forêts au Kivu ? (Partie 2)

Article : RDC-Bois : l’eucalyptus, une alternative pour la préservation des forêts au Kivu ? (Partie 2)
13 janvier 2021

RDC-Bois : l’eucalyptus, une alternative pour la préservation des forêts au Kivu ? (Partie 2)

Une casserole sur le feu dans une cuisine à Beni, Nord-Kivu, RD Congo. ©Hervé Mukulu

Le bois d’eucalyptus est utilisé comme du bois d’œuvre. Certaines espèces produisent du bon bois, Eucalyptus globulus varmaideni, pour la construction des maisons, la menuiserie, mais aussi dans l’industrie pharmaceutique. Vous, entendez toujours parler de l’eucalyptol, une huile essentielle que l’on extrait de l’huile d’eucalyptus.

L’eucalyptus, un arbre à tout faire

Madame Jackie Kaherenie achète un camion Benne de bois d’eucalyptus à 120 dollars, plus 30 dollars de transport. Une quantité suffisante pour une année, comme source d’énergie pour la cuisine, dans un ménage de moins de 10 personnes. Néanmoins, cet achat n’est pas à la portée de tout le monde. Au quotidien, plusieurs familles n’achètent que quelques morceaux de bois sec.

 Le Complexe Theicole de Butuhe CTB, situé à une dizaine de kilomètres de Butembo, utilise un stère de bois de chauffe par heure, afin de produire de la vapeur d’eau qui sèche le thé à la dernière étape de la fabrication. Pour répondre à cette demande, cette usine dispose de plus de 300 hectares d’eucalyptus. La plantation d’arbres est continue, nous explique le chef d’usine, monsieur Tabono Watukalusu, rencontré à l’occasion de la Journée mondiale du thé, le 15 décembre. La centrale hydroélectrique du CTB ne produit pas assez d’énergie pour en faire usage pour le chauffage.

Des entreprises comme la pâtisserie, les brasseries locales de vin, les restaurants et autres utilisent principalement le bois de chauffe. Le bois disponible pour répondre à cette demande reste l’eucalyptus.

Depuis quelques années, les villes de Beni et Butembo sont desservis en énergie hydroélectrique par la société ENK (Energie du Nord-Kivu). Pour le transport et la distribution, cette entreprise utilise le bois d’eucalyptus comme poteau, avec plusieurs avantages.

Des sticks de bois en vente, dans une rue de Butembo. En arrière-plan, on voit un poteau de distribution du courant, aussi en eucalyptus. © Hervé MUKULU

Rien ne se perd avec l’eucalyptus. Les branches d’arbres sont aussi une denrée rare. Si en milieu paysan, les enfants des familles pauvres vont les ramasser pour servir de bois de chauffe, la ménagère citadine les achète aussi.

En effet, certaines variétés de haricot prisées localement exigent un support pour la bonne croissance et la production. La demande étant forte lors des saisons agricoles, cela devient un business. « Un fagot se négocie entre 500 et 600 FC. J’en mets 15 à 20 fagots dans un champ d’une parcelle de 25 sur 30 mètres« , témoigne madame Solange Kaswera, directrice financière d’une ONG locale et agricole dans ses temps libres.

L’eucalyptus rapporte gros

L’eucalyptus, ça rapporte, mais personne ne vous dira combien exactement. Quand la question est posée, la réponse est énigmatique.

« Si vous cultivez les arbres, vous aurez de quoi manger. Mais on ne peut planter les arbres pour vivre de ça au quotidien. On plante les arbres pour un projet déterminité« , explique Léopard, qui précise que déjà à 3 ans, avec l’eucalyptus, vous ne manquerez plus de bois de chauffe. De même, à cet âge, l’arbre est assez mur pour construire une maison en pisé ou pour servir de charpente, pour servir de plancher de soutènement, dispositif nécessaire quand on coule un béton, pour ériger une clôture en tôle, un hangar…

Kambale Chamundowa vend des sticks de bois d’eucalyptus depuis des années à Butembo. Et c’est toute sa vie : « Ça se vend très bien, je peux vendre 40 à 50 bois par jour. Mes enfants vont à l’école et nous mangeons. C’est mon travail depuis des années.« 

Pour certaines espèces d’eucalyptus, à 5 ans, on peut déjà couper des planches et des chevrons, explique Kavira, vendeuse de planches d’eucalyptus depuis 14 ans. Mais, souligne-t-elle, il en faut entre 10 et 30 ans pour avoir du bon bois.

Kambale Malekani François explique qu’un arbre peut remplir un camion Fuso de planches. Ça revient à combien un Fuso de planches ? J’insiste. Un peu agacé, il répond : « Ça ne se dit pas. Moi d’ailleurs, j’utilise moi-même les planches. Mais c’est beaucoup d’argent que pour les produits à manger. » Il enchaine : « Un autre avantage : il y a des gens qui achètent dix hectares de terre pour y mettre les vaches, mais moi avec un seul hectare, je le dépasse car sous les arbres, je mets les abeilles. Le miel est plus rentable que les produits agricoles« 


    Deux tronçonneurs en plein travail de coupage des planches et chevrons d’un arbre d’eucalyptus. ©Robert Mwenderwa

Les eucalyptus font, en effet, parti des plantes dites mellifères. Leurs fleurs produisent du nectar que les abeilles transforment en miel, explique l’expert en gestion de la biodiversité Sorel Wasukundi.

Une investigation appuyée par Pulitzer Center à travers Congo Bassin/RainForest Journalism Fund dans le projet « Reportage en temps de crise« .

Partagez

Commentaires